Editorial, avril-mai 22: Exercices de simulation
      Après s'être déguisé en 'de gauche' sous Hollande, puis avoir fait semblant de se croire 'du centre', alors qu'il est réellement de droite, Macron a raconté qu'il arrive ainsi à une neutralisation ("je ne suis ni de gauche, ni de droite"), un fantasme de 'dépassement des clivages'. Il est vrai que Macron est contemporain de la montée de l'infox ("fake news"). C'est ce qui justifie le fait qu'il nous demande de prendre le faux pour du vrai et de faire semblant de prendre le vrai pour du faux. C'est ainsi qu'il se pose en défenseur de l'environnement en organisant une conférence à Paris, puis dans la foulée, il réautorise l'emploi des glyphosates dans l'agriculture française, et verse une larme de crocodile en apprenant que le jour du dépassement des ressources tombe déjà le 5 mai en 2022. Heureusement pour l'Europe qu'il a été réélu !
      Sous Macron 1, les riches se sont enrichis et les pauvres se sont appauvris, ce qui est normal quand les libéraux sont au pouvoir. Mais dans son discours d'investiture, il promet de nouvelles aumônes pour les pauvres, comme le "chèque alimentaire" (100 € par foyer) qu'il avait créé pour empêcher les pauvres de mourir de faim, ça fait désordre. Il est clair que pour le président de la République, il y a 2 sortes de pauvres: les bons et les mauvais. Les uns, patients, humbles, modestes, acceptant avec reconnaissance la charité que Macron leur distribue avec parcimonie (le RSA se monte à 850 €/mois, ce qui insuffisant pour survivre, mais…); les autres, fainéants, menteurs, ennemis de l'ordre, insoumis, ivrognes et impudiques, qui passent leur temps à se plaindre, revêtus ou non d'un gilet jaune. Des gueux, en somme. Parmi ces derniers, de nombreux chômeurs ou petits retraités, et il est bien connu que l'oisiveté est la mère de tous les vices, comme Sarkosy le disait déjà à son époque. Que triomphe la morale bourgeoise !
      Mais parler des pauvres, relève de l'infox, car depuis que Macron est président, les pauvres n'existent plus en France. Les 5 millions de Français très concernés sont devenus "les plus fragiles", "ménages aux revenus modestes", etc, dans les statistiques officielles sur la pauvreté. Voir les rapports de l'INSEE et autres instituts à ce sujet. Il est vrai que n'existent plus non plus depuis longtemps 'les miséreux' et 'les indigents'.
      Nous voilà donc partis pour Macron 2. Cinq nouvelles années de contestations et de gilets jaunes, résultat des décisions et aussi du style de Macron, si nous lui accordons une large majorité à l'assemblée nationale. Il va falloir retrousser les manches pour éviter au pays ce désastre…

Editorial, juin 22: Déception
      Voilà, le 2e tour est passé. Le 1er parti en France est celui des abstentionistes: 54% des inscrits, un peu plus que pour la présidentielle. Ce sont surtout des jeunes: 70% des 18-24 ans et 66% des 25-35 ans , qui, plutôt qu'aller voter préfèrent afficher leur opinion sur les réseaux sociaux. Et puis, ce sont les pauvres: 64% des smicards se sont abstenus. Macron et les députés ont été élus surtout par des vieux et les cadres, qui sont surreprésentés parmi les électeurs… On est dans un cercle vicieux : ceux qui ne votent pas ne peuvent faire entendre leur voix, et les élus n'ont aucune incitation à tenir compte de leurs intérêts…
      Les macronistes (Ensemble, Horizons, Modem) ont obtenu 246 sièges, la NUPES (RFI, PS, EELV, Génération, PC) 142 sièges; et seulement 37% des députés sont des femmes.
      Bien sûr, lors de la dernière session à l'Assemblée, avant les vacances, pour le vote sur le pouvoir d'achat, la droite (LR) a soutenu la droite (divers macronistes), oubliant toute la partie de la population qui n'a aucun réel 'pouvoir d'achat', mais ne vote pas.
Et notre ministre de l'intérieur, Darmarin, s'agite beaucoup pour rallier l'extrême-droite à Macron. Misère !

                Pierre

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